Une méta-analyse publiée en 2026 confirme que la créatine — un complément bon marché et bien étudié — aide les femmes ménopausées à gagner un peu de muscle et beaucoup de force, à condition de la combiner avec de la musculation. Elle n'a pas d'effet démontré sur la densité osseuse.
Pourquoi la ménopause attaque le muscle et les os
À partir de la ménopause, le corps perd des œstrogènes — une hormone qui protège à la fois le muscle et l'os. Résultat : la masse musculaire diminue plus vite (on parle de sarcopénie), la force baisse, et le risque de chute augmente. En parallèle, l'os se fragilise : on perd environ 1 % de masse osseuse par an après la ménopause, ce qui fait peser à terme un risque d'ostéoporose et de fracture. Bouger et bien manger ne suffit pas toujours. D'où la question : un complément alimentaire peut-il aider ?
C'est quoi la créatine ?
La créatine est une petite molécule que le corps fabrique naturellement, et qu'on trouve aussi dans la viande et le poisson. Elle est stockée dans le muscle où elle sert de réserve d'énergie rapide pour les efforts courts et intenses (porter une bouteille d'eau, monter un escalier, soulever une charge). Prise en complément sous forme de créatine monohydrate — la forme la mieux étudiée — elle augmente ces réserves musculaires, ce qui permet de produire un peu plus d'effort à chaque séance d'entraînement. C'est l'un des compléments les plus étudiés en nutrition sportive, depuis plus de 30 ans.
Ce que cette étude regarde
L'équipe de Siavash Naddafha (Edith Cowan University, Australie) et Jose Antonio (Nova Southeastern University) a rassemblé tous les essais cliniques randomisés jamais publiés sur la créatine chez des femmes ménopausées. C'est ce qu'on appelle une méta-analyse : au lieu de regarder une seule étude, on combine les résultats de plusieurs pour avoir une réponse plus fiable. Ils ont trouvé 7 études de qualité suffisante, totalisant 608 femmes, suivies sur des durées allant de 12 semaines à 2 ans.
Le résultat, en clair
Trois grandes conclusions :
💪 Muscle
Combinée à de la musculation, la créatine augmente la masse maigre d'environ 0,4 kg et la force aux jambes d'environ 7,5 kg de plus qu'avec la musculation seule.
🦴 Os
Aucun effet démontré sur la densité osseuse, même sur 2 ans. La créatine n'est pas un traitement de l'ostéoporose.
🛡️ Sécurité
Aucun effet sur la fonction des reins ou du foie. Les effets indésirables (légers troubles digestifs) sont au même niveau que le placebo.
Sans musculation, la créatine ne fait rien
C'est le point le plus important de l'étude. Quand les femmes n'ont pas fait de musculation pendant l'essai, la créatine n'a apporté aucun bénéfice : ni sur le muscle, ni sur la force, ni sur les os. La créatine n'est pas une pilule magique. C'est un amplificateur : elle rend la musculation un peu plus efficace, mais sans entraînement, elle ne sert à rien.
Quelle dose, et comment la prendre ?
Les études qui ont fonctionné utilisaient au moins 5 grammes par jour. Les doses plus faibles (1 ou 3 g/j) n'ont produit aucun effet mesurable. Deux protocoles existent :
Sans phase de charge : 5 g/jour tous les jours. Les muscles sont "remplis" en 3 à 4 semaines.
Avec phase de charge : 20 g/jour pendant 5 à 7 jours (réparti en 4 prises), puis 3 à 5 g/jour en entretien. Saturation plus rapide, mais peut donner des inconforts digestifs.
La créatine peut être prise n'importe quand dans la journée, avec un verre d'eau. Choisir une créatine monohydrate certifiée par un organisme tiers (Informed Sport, NSF) garantit la pureté du produit.
⚠️ Ce que ça ne veut PAS dire
Les gains rapportés sont réels mais modestes. La créatine ne va pas vous transformer en athlète, ni inverser la sarcopénie à elle seule. Elle s'ajoute aux fondamentaux : musculation 2 à 3 fois par semaine, protéines suffisantes (environ 1,1 g/kg/jour), sommeil. Si l'objectif principal est la prévention de l'ostéoporose, les données ne soutiennent pas la créatine comme une réponse : exercice à impact + suivi médical restent la base.
Et les effets secondaires ?
Les chercheurs ont compilé en parallèle les données de 685 essais cliniques (plus de 26 000 participants) sur la créatine : le taux d'effets secondaires est identique à celui du placebo (4,6 % vs 4,2 %). La créatine ne fatigue pas les reins, ne déshydrate pas, n'augmente pas la tension artérielle. Une petite prise de poids initiale (0,5 à 1 kg) est normale et reflète l'eau retenue dans le muscle — pas de la graisse.
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📌 L'essentiel en une phrase
Sur 7 essais randomisés contrôlés (608 femmes ménopausées, médiane 38 semaines), la créatine monohydrate combinée à un entraînement en résistance produit une augmentation moyenne de la masse maigre de +0,37 kg (IC 95 % : +0,05 à +0,69) et une augmentation du 1RM au leg-press de +7,5 kg (IC 95 % : +2,2 à +12,8). L'effet disparaît sans musculation et à dose ≤ 3 g/jour.
Pourquoi se concentrer sur les femmes ménopausées ?
La littérature sur la créatine est massive — mais elle a longtemps porté sur les jeunes hommes athlètes, puis sur des cohortes mixtes de personnes âgées. Les femmes ménopausées présentent un profil hormonal et métabolique propre : déficit en œstrogènes (qui module la sensibilité musculaire aux stimuli anaboliques), perte osseuse accélérée (~1 %/an), résistance anabolique émergente. Plusieurs études récentes ont aussi suggéré que les femmes ménopausées ont des stocks intramusculaires de créatine plus bas au départ, ce qui pourrait amplifier la réponse à la supplémentation. Cette méta-analyse est la première à synthétiser exclusivement cette population.
Les 7 essais en synthèse
Étude
n
Dose
Durée
Musculation
Aguiar 2013 (Brésil)
18
5 g/j
12 sem.
Oui (3×/sem)
Gualano 2014 (Brésil)
60
20 g → 5 g/j
24 sem.
Oui (2×/sem)
Lobo 2015 (Brésil)
109
1 g/j
52 sem.
Non
Chilibeck 2015 (Canada)
33
~0,1 g/kg/j
52 sem.
Oui (3×/sem)
Prieto 2016 (Chili)
39
5 g/j
12 sem.
Oui (élastiques)
Sales 2020 (Brésil)
112
3 g/j
104 sem.
Non
Chilibeck 2023 (Canada)
237
0,14 g/kg/j
104 sem.
Oui + marche
Toutes les études sont en double aveugle, contrôlées contre placebo (dextrose ou maltodextrine), âge moyen ≈ 62 ans, populations majoritairement « ménopausées en bonne santé » sauf Lobo et Sales (ostéopéniques).
Masse maigre : un gain modeste mais cohérent
Les 5 essais pour lesquels la masse maigre a pu être poolée (n = 338) donnent une différence moyenne de +0,37 kg en faveur de la créatine (IC 95 % +0,05 à +0,69 ; SMD +0,30 ; I² = 25 %). En pratique, les utilisatrices de créatine accroissent leur masse maigre d'environ 1 à 2 % de plus que le placebo sur 3 à 12 mois. Toute la différence vient des essais incluant un programme de musculation supervisé.
Force : un effet plus net
Sur la force au leg-press 1RM (3 essais, n = 111), la différence moyenne atteint +7,5 kg en faveur de la créatine (IC 95 % +2,2 à +12,8 ; I² = 0 %). C'est l'équivalent d'un gain supplémentaire de 6 à 8 % sur ce que la musculation produit déjà. Pour la pression poitrine, l'effet va dans le même sens (+3,1 kg) mais l'intervalle de confiance traverse zéro. Hétérogénéité nulle — toutes les études vont dans le même sens.
L'effet seuil : 5 g/jour avec musculation
L'analyse en sous-groupes par resistance training donne le résultat le plus clair de la méta-analyse :
Avec musculation : différence pondérée = +0,32 kg de masse maigre (IC 95 % +0,08 à +0,56).
Sans musculation : différence pondérée = −0,14 kg (IC 95 % −0,44 à +0,16), non significatif.
Test d'interaction : p ≈ 0,03 — la différence entre sous-groupes est statistiquement significative.
Une méta-régression exploratoire (sous-puissée, n = 6) suggère également un effet dose : chaque gramme/jour supplémentaire est associé à environ +0,1 kg de masse maigre, sans atteindre la significativité (p = 0,15). Les deux essais utilisant 1 g/j (Lobo) et 3 g/j (Sales) ne montrent aucun effet ; tous les essais ≥ 5 g/j montrent un gain.
Densité osseuse : pas d'effet, en haute certitude
Trois essais ont mesuré la DMO par DXA au rachis lombaire, à la hanche ou au col fémoral. Aucune différence significative entre créatine et placebo. Le grand essai préenregistré de Chilibeck 2023 (n = 237, 2 ans) — celui à plus faible risque de biais — confirme l'absence d'effet sur le col fémoral, le critère principal. Seule exception : Chilibeck 2015 a noté un ralentissement modéré de la perte de DMO au col fémoral (−1,2 % vs −2,5 % placebo), accompagné d'un élargissement périosté du fémur. Mais les marqueurs du turnover osseux (CTX, P1NP, ostéocalcine) sont restés inchangés dans les deux essais qui les ont mesurés.
Sécurité : aucun signal préoccupant
Aucun effet indésirable grave n'a été imputé à la créatine dans les 7 essais. Les effets indésirables mineurs (troubles digestifs légers, ballonnements) étaient au même niveau que dans les groupes placebo, à l'exception d'un essai où ils étaient légèrement plus fréquents (5 vs 0 cas digestifs). Aucune altération de la fonction rénale ou hépatique n'a été observée (créatinine, eGFR, ASAT, ALAT, urée) sur des durées allant jusqu'à 2 ans. La légère hausse de la créatinine sérique parfois observée reflète le métabolisme normal de la créatine elle-même, pas une atteinte rénale.
En contexte plus large, une analyse récente de 685 essais cliniques (Johnson et al., J Int Soc Sports Nutr 2025) sur plus de 26 000 participants confirme : taux global d'effets secondaires identique au placebo (4,60 % vs 4,21 %, p = 0,83), aucun signal individuel significatif.
⚠️ Limites importantes
Le corpus reste petit : 7 essais, beaucoup avec « some concerns » sur le risque de biais (allocation, plan d'analyse non préenregistré). Les femmes périménopausées (en transition) ne sont pas représentées — toutes les participantes sont postménopausées de longue date (5–15 ans en moyenne). Les utilisatrices de traitement hormonal de la ménopause ne représentent que 20–30 % des cohortes les plus larges, sans analyse stratifiée. L'apport protéique baseline n'est rapporté que dans deux essais (~1,1 g/kg/j). Enfin, les protocoles d'entraînement varient (élastiques chez Prieto, charges supervisées chez les autres) et peuvent expliquer une partie de la variabilité.
Recommandation pratique des auteurs
La méta-analyse propose, pour les femmes en postménopause cherchant à préserver muscle et force :
Phase de charge optionnelle : ~20 g/jour pendant 5 à 7 jours (en 4 prises), si bien toléré digestivement.
Entretien : 3 à 5 g/jour, en continu, à n'importe quelle heure de la journée.
Toujours associée à la musculation : minimum 2 à 3 séances par semaine, progressives.
Naddafha, Antonio, Kreider & Stout (J Int Soc Sports Nutr 2026;23(1):2668435, DOI 10.1080/15502783.2026.2668435) synthétisent 7 RCT (n = 608 ; médiane 38 sem.) chez la femme postménopausée. Modèle aléatoire Paule–Mandel τ² + HKSJ : MD masse maigre = +0,37 kg [IC 95 % +0,05 ; +0,69], I² = 25 %, IP 95 % −0,10 à +0,84. MD leg-press 1RM = +7,5 kg [+2,2 ; +12,8], I² = 0 %. Effet d'interaction RT × créatine significatif (p ≈ 0,03). Aucun effet pooled sur DMO. GRADE : masse maigre & force = certitude modérée ; DMO = haute certitude pour absence d'effet ; sécurité = haute certitude.
Cadre méthodologique
Revue conduite selon PRISMA 2020, sans préenregistrement formel (protocole annexé). PICOS : population postménopausée (FSH confirmée ou aménorrhée > 12 mois, âge ≥ 40–45 ans) ; intervention créatine monohydrate isolée, tout schéma posologique ; comparateur placebo ; outcomes primaires masse maigre DXA et force 1RM ; design RCT (parallèle ou crossover). Recherche dans 7 bases (MEDLINE, Embase, Scopus, Web of Science, SPORTDiscus, Cochrane CENTRAL, ClinicalTrials.gov + WHO ICTRP) du 1er janvier 2000 au 28 août 2025. Identification de 745 enregistrements après dédoublonnage → 52 textes complets → 7 RCT inclus. Risque de biais évalué par Cochrane RoB 2 : un essai à risque faible (Chilibeck 2023, préenregistré, double aveugle), quatre à « some concerns », un à risque élevé (Prieto 2016, arrêt précoce sans ITT).
Modélisation statistique
Modèle à effets aléatoires avec estimateur de Paule–Mandel pour τ² et ajustement Hartung–Knapp–Sidik–Jonkman (HKSJ) des intervalles de confiance et p-valeurs — choix justifié par le petit nombre d'études (HKSJ produit des intervalles plus larges et plus conservateurs que le DerSimonian–Laird classique). Hétérogénéité quantifiée par Q, I², τ², et intervalle de prédiction 95 %. Imputation r = 0,5 pour la corrélation pré/post lorsque l'écart-type des scores de changement n'était pas rapporté (sensibilité r = 0,3 et 0,7 sans impact substantiel). Pour les designs factoriels (Gualano 2014), extraction des contrastes créatine-vs-placebo intra-strate d'entraînement. Logiciel : metafor v3.8 (R).
Synthèse quantitative
Outcome
k
N
MD [IC 95 %]
τ²
I²
IP 95 %
Masse maigre (kg)
5
338
+0,37 [+0,05 ; +0,69]
0,01
25 %
−0,10 à +0,84
Masse maigre — sous-groupe RT
4
—
+0,32 [+0,08 ; +0,56]
—
—
—
Masse maigre — sous-groupe non-RT
2
—
−0,14 [−0,44 ; +0,16]
—
—
—
Leg-press 1RM (kg)
3
111
+7,5 [+2,2 ; +12,8]
≈ 0
0 %
—
Bench press 1RM (kg)
3
—
+3,1 [−0,5 ; +6,7]
—
—
—
DMO col fémoral (g/cm²)
3
—
≈ 0,00
—
—
traverse 0
IP = intervalle de prédiction. Test d'interaction RT × créatine pour la masse maigre : p ≈ 0,03. Egger pour effets des petites études (masse maigre) : p ≈ 0,40 (pas d'asymétrie détectée).
Méta-régression dose-réponse
Méta-régression exploratoire (k = 6, sous-puissée par construction) : chaque 1 g/jour additionnel est associé à +0,1 kg de masse maigre supplémentaire, sans atteindre la significativité (p ≈ 0,15). Les deux études à plus faible dose (Lobo 1 g/j, Sales 3 g/j) sont les seules à produire un effet ≤ 0 ; toutes les études ≥ 5 g/j produisent un effet > +0,3 kg. Plausibilité biologique : 3 g/j maintient mais ne sature pas les stocks intramusculaires chez l'adulte de gabarit moyen (≈ 0,1 g/kg/j requis pour saturation rapide).
Analyses de sensibilité & influence
Leave-one-out (LOO) sur la masse maigre : MD reste positive dans tous les scénarios, intervalle [+0,28 ; +0,46]. Retirer Aguiar 2013 (poids élevé, effet large) ramène la MD à +0,28 (p = 0,08) ; retirer Sales 2020 (négatif) la porte à +0,45 (p = 0,01).
Baujat plot : Lobo 2015 (1 g/j) et Aguiar 2013 contribuent le plus à l'hétérogénéité respective sur I² et Q.
Force : effet stable et significatif dans tous les scénarios LOO.
Essais larges et préenregistrés convergents (notamment Chilibeck 2023)
Fonction physique
Faible
Peu d'études, mesures indirectes (TUG, 12-min walk)
Sécurité (renal, hépatique, AE)
Haute
Convergent avec analyse de 685 RCT cross-populations (Johnson 2025)
Mécanismes et biologie
La créatine agit primairement comme tampon phosphagénique : la phosphocréatine intramusculaire régénère rapidement l'ATP pendant les contractions à haute intensité, augmentant la capacité de travail et permettant un volume d'entraînement supérieur — donc une hypertrophie supérieure à long terme. Des mécanismes secondaires sont décrits chez l'adulte plus âgé : effet anabolique direct via mTOR/IGF-1 (Deldicque 2005), modulation des cellules satellites, atténuation du stress oxydatif. Chez la femme ménopausée, la résistance anabolique œstrogéno-dépendante (Collins et al. 2019, Pellegrino et al. 2022) pourrait expliquer que l'effet absolu reste modéré comparé aux jeunes hommes (~5–10 % de gain additionnel chez le jeune contre ~1–2 % ici). L'absence d'effet osseux probable s'explique par la dépendance des adaptations osseuses à un signal mécanique élevé (charge axiale ≥ 1× poids du corps, fréquence ≥ 3/sem) que les protocoles inclus n'atteignent souvent pas.
Limites & biais
Petit nombre d'essais (k = 5 à 7 selon outcome) : précision des estimations poolées limitée, méta-régression sous-puissée.
Hétérogénéité clinique : doses (1 à 20 g/j), durées (12 à 104 sem.), protocoles d'entraînement (machines, élastiques, marche).
Absence de standardisation du critère masse maigre : whole-body vs appendicular (ALM) selon les essais. Les auteurs ont privilégié ALM quand disponible.
Aucune étude en transition ménopausique (périménopause) : la fenêtre où l'intervention serait a priori la plus efficace est non couverte.
Données sur THM insuffisantes : 20–30 % de THM dans les cohortes larges, pas d'analyse stratifiée. L'interaction œstrogène × créatine reste un trou hypothétique.
RoB « some concerns » dominant : concealment, plan d'analyse non préenregistré dans 4/7 essais.
Biais de publication : Egger non significatif (p ≈ 0,40) mais base d'évidence trop limitée pour conclure définitivement.
Conflits d'intérêts : RBK préside le Scientific Advisory Board de Creatine for Health (soutenu par Alzchem) ; JA dirige l'ISSN, qui reçoit occasionnellement des financements de fabricants. À considérer pour l'interprétation, même si la méthodologie est conforme aux standards.
Perspectives
Les besoins identifiés par les auteurs : (1) essais en transition ménopausique (femmes en fin de 40aine) pour tester si initier la supplémentation au moment du déclin œstrogénique préserve mieux la masse musculaire ; (2) essais à haute dose (≥ 0,16 g/kg/j) sur outcomes non musculaires (cognition, fonction vasculaire, sommeil) — des données émergentes suggèrent une efficacité à ~10 g/j sur le cerveau ; (3) stratification par THM pour identifier les répondeuses ; (4) combinaisons avec vitamine D et protéines (~1,2 g/kg/j) — l'effet additif chez la femme reste non testé rigoureusement ; (5) populations frêles ou sarcopéniques (> 75 ans), chez qui la créatine pourrait améliorer la tolérance à l'entraînement même peu intense.
⚠️ Conflits d'intérêts déclarés
Richard B. Kreider est président du Creatine for Health Scientific Advisory Board, financé par Alzchem (fabricant allemand de créatine). Jose Antonio est CEO de l'ISSN, organisation sans but lucratif qui reçoit occasionnellement des financements d'industriels de la créatine. Alzchem a couvert les frais d'APC restants après le waiver de l'éditeur. Les auteurs déclarent que ces affiliations n'ont pas influencé la conduite ou le rapport de la méta-analyse. Les données et le code sont publics sur OSF.
Naddafha S, Antonio J, Kreider RB, Stout JR. Creatine monohydrate for lean mass, strength, and bone density in postmenopausal women: a systematic review and meta-analysis. J Int Soc Sports Nutr. 2026;23(1):2668435. doi:10.1080/15502783.2026.2668435
Questions fréquentes
À partir de quand prendre de la créatine après la ménopause ?
Les essais inclus dans la méta-analyse portent sur des femmes postménopausées depuis plusieurs années (en moyenne 5 à 15 ans après la ménopause, âge moyen autour de 62 ans). Les auteurs notent une lacune importante : aucune étude n'a porté sur la transition ménopausique elle-même, période où la perte de muscle et d'os s'accélère. La logique biologique suggère qu'initier la supplémentation plus tôt pourrait être plus protecteur, mais la preuve manque. Si l'objectif est de préserver le muscle et la force, démarrer dès que l'on commence à pratiquer la musculation est cohérent avec les données disponibles.
La créatine fait-elle prendre du poids ?
Oui, légèrement — environ 0,5 à 1 kg dans les premières semaines. C'est de l'eau retenue dans le muscle (la créatine attire l'eau intracellulaire), pas de la graisse. Dans les essais analysés, aucune augmentation de la masse grasse n'a été observée. Le poids gagné reflète l'accroissement de la masse maigre (muscle + eau associée), ce qui est l'effet recherché. Pour les femmes inquiètes du poids sur la balance, c'est important : le tour de taille et la masse grasse ne bougent pas.
Faut-il faire une « phase de charge » ?
Pas obligatoire. La phase de charge (20 g/jour répartis en 4 prises pendant 5 à 7 jours) sature les stocks musculaires en une semaine. Sans phase de charge, on atteint la même saturation en environ 3 à 4 semaines avec 5 g/jour. La phase de charge a deux inconvénients : risque accru d'inconfort digestif (ballonnements, diarrhée), et coût psychologique (4 prises/jour). Pour la plupart des femmes en post-ménopause, une dose stable de 3 à 5 g/jour est plus simple et tout aussi efficace à moyen terme.
La créatine fonctionne-t-elle sans musculation ?
Non, ou très marginalement. C'est la conclusion la plus solide de la méta-analyse. Les deux essais sans entraînement (Lobo 2015 et Sales 2020, 1 à 3 g/jour sur 1 à 2 ans) n'ont montré aucun bénéfice ni sur la masse maigre, ni sur la force, ni sur les os. La créatine augmente la capacité de travail à l'effort intense ; sans cet effort, il n'y a rien à amplifier. La marche seule ne déclenche pas suffisamment de stimulus pour exploiter cette réserve d'énergie.
La créatine est-elle dangereuse pour les reins ?
Non, chez les personnes en bonne santé. Dans les 7 essais analysés, aucun changement de la créatinine, de l'eGFR ou de l'urée n'a été observé sur des durées allant jusqu'à 2 ans. Une analyse plus large de 685 essais cliniques (Johnson et al., J Int Soc Sports Nutr 2025, 26 000+ participants) confirme l'absence de toxicité rénale. Attention : une légère élévation de la créatinine sanguine peut apparaître — c'est un produit naturel du métabolisme de la créatine elle-même, pas un signe d'atteinte rénale. Les personnes ayant une insuffisance rénale préexistante doivent demander un avis médical avant toute supplémentation.
Quelle marque de créatine choisir ?
Choisir une créatine monohydrate (la forme utilisée dans les études, la moins chère et la mieux documentée). Éviter les formes « buffered », « HCl », « éthyl-ester » qui ne sont pas plus efficaces et coûtent plus cher. La pureté est le seul critère qui compte. Préférer un produit certifié par un organisme tiers : Informed Sport, NSF Certified for Sport ou Cologne List. Le label Creapure (Alzchem, Allemagne) est aussi un gage de qualité de la matière première utilisée par de nombreuses marques.
La créatine peut-elle remplacer un traitement de l'ostéoporose ?
Non. La méta-analyse de 2026 est très claire : la créatine n'améliore pas la densité osseuse mesurée par DXA, même sur 2 ans, même combinée à de la musculation. La certitude GRADE est haute pour cette absence d'effet. La prise en charge de l'ostéoporose repose sur le diagnostic médical, les traitements spécifiques (bisphosphonates, dénosumab, parfois THM), les apports en calcium et vitamine D, et un programme d'exercice à impact (course, sauts, charges lourdes selon l'état osseux). La créatine peut s'ajouter pour préserver le muscle — qui protège indirectement contre les chutes — mais ne remplace aucun de ces piliers.
La créatine est-elle compatible avec un traitement hormonal de la ménopause ?
Les données ne permettent pas de répondre précisément. Environ 20 à 30 % des participantes des essais les plus larges étaient sous THM, mais aucune étude n'a comparé l'effet de la créatine chez les utilisatrices de THM versus non-utilisatrices. Aucune interaction connue n'est répertoriée. Sur le plan théorique, les œstrogènes améliorent la sensibilité musculaire à l'entraînement, ce qui pourrait amplifier l'effet de la créatine — c'est une hypothèse mentionnée par les auteurs comme question de recherche prioritaire.
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