📌 L'essentiel en une phrase
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui touche une femme sur huit, change officiellement de nom dans le Lancet en mai 2026, parce que le mot polykystique décrivait depuis 90 ans une réalité qui n'existe pas vraiment.
C'est quoi le SOPK exactement ?
Le SOPK est l'un des syndromes les plus fréquents chez les femmes, et l'un des plus mal compris. Il touche 170 millions de personnes dans le monde en âge de procréer. Ses symptômes sont variés, ce qui rend le diagnostic difficile : règles irrégulières ou absentes, acné persistante, pilosité excessive, prise de poids, parfois infertilité.
Ce qu'on voit le moins, mais qui est tout aussi important : un risque accru de diabète, d'hypertension, de maladies cardiovasculaires, et un impact sur la santé mentale (anxiété, dépression, troubles du comportement alimentaire).
Le problème : un nom qui ne dit pas la vérité
Le mot polykystique suggère que les ovaires contiennent des kystes. C'est ce que la plupart des patientes croient quand elles reçoivent leur diagnostic. C'est aussi ce que beaucoup de médecins continuent de penser.
En réalité, ces kystes n'en sont pas. Ce que l'échographie révèle, ce sont de petits follicules (des structures normales de l'ovaire) qui se sont arrêtés en chemin pendant leur développement. Pas des kystes au sens médical. L'erreur date d'un autre siècle, à une époque où l'échographie n'existait pas.
Le résultat, chiffré
70 %
Non diagnostiquées
des femmes concernées ne savent pas qu'elles ont le syndrome
14 360
Réponses au sondage
patientes et soignants consultés pour valider le changement
Un nom mal choisi entraîne des conséquences bien réelles : jusqu'à 70 % des femmes concernées ne sont pas diagnostiquées. Beaucoup pensent que le syndrome ne touche que leurs ovaires. Et la stigmatisation liée à la fertilité reste lourde, particulièrement dans les cultures où avoir des enfants est central.
Le nouveau nom : SPMO (en français)
Après deux sondages mondiaux totalisant 14 360 réponses et deux ateliers de consensus, le nom retenu en anglais est polyendocrine metabolic ovarian syndrome, soit PMOS. En français, la traduction la plus naturelle est syndrome polyendocrinien métabolique ovarien (SPMO), bien que le terme francophone officiel ne soit pas encore validé par les sociétés savantes.
Trois mots, trois réalités du syndrome :
- Polyendocrinien : plusieurs hormones sont déréglées en même temps, pas seulement celles des ovaires.
- Métabolique : résistance à l'insuline, risque accru de diabète, de maladies cardiaques.
- Ovarien : les ovaires sont bien impliqués, mais comme une partie d'un système, pas comme l'origine unique.
Et concrètement, pour les patientes ?
Rien ne change immédiatement. Le diagnostic posé hier reste valide. Les traitements ne sont pas modifiés. Les critères d'évaluation non plus.
Ce qui change, c'est la suite. Sur trois ans, le nouveau nom va entrer dans les dossiers médicaux électroniques, les classifications internationales de l'OMS, les manuels de médecine, les sites grand public. L'objectif est concret : diagnostiquer plus tôt, mieux expliquer, mieux soigner, réduire la honte associée au mot.
⚠️ Ce que ça ne veut PAS dire
Le changement de nom n'est pas une nouvelle maladie. Ce n'est pas un nouveau traitement non plus. C'est une remise à plat sémantique : on appelle enfin les choses par leur nom. Si vous avez un diagnostic de SOPK, votre suivi reste exactement le même. La seule différence : dans quelques années, votre dossier médical utilisera le nouveau terme.
📌 L'essentiel en une phrase
Après deux sondages Delphi mondiaux (14 360 réponses), deux ateliers de consensus en groupes nominaux et une analyse marketing dédiée, le SOPK devient officiellement le syndrome polyendocrinien métabolique ovarien (SPMO), reflétant sa nature multisystémique au lieu d'un nom centré sur des kystes qui n'existent pas.
Pourquoi polykystique est médicalement faux
Le terme remonte à une époque où l'on observait, à l'autopsie ou en chirurgie, des ovaires couverts de structures rondes interprétées comme des kystes. L'échographie a depuis montré une réalité différente : ces structures sont des follicules antraux en arrêt de maturation. Ce ne sont pas des kystes pathologiques au sens où on l'entend pour les kystes ovariens fonctionnels ou dermoïdes.
Trois conséquences cliniques majeures
1. Un retard diagnostique massif. Jusqu'à 70 % des patientes concernées ne sont jamais diagnostiquées. Pour celles qui le sont, le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic dépasse souvent plusieurs années. Le nom y contribue : médecins de première ligne et patientes pensent à un problème ovarien isolé et ne font pas le lien avec les signes métaboliques, dermatologiques ou psychologiques.
2. Une perception réductrice. Le SOPK est multisystémique. Il combine, à des degrés variables :
- troubles endocriniens (hyperandrogénie, dérégulation hormonale centrale),
- troubles métaboliques (résistance à l'insuline chez 85 % des patientes, risque accru de diabète de type 2, dyslipidémie, stéatose hépatique, hypertension),
- troubles reproductifs (oligo-anovulation, infertilité, complications de grossesse),
- manifestations dermatologiques (acné, hirsutisme, alopécie),
- conséquences psychologiques (dépression, anxiété, TCA).
Concentrer l'attention sur l'ovaire revient à occulter quatre cinquièmes du tableau.
3. Une stigmatisation entretenue. Dans certaines cultures, l'association du diagnostic à la fertilité et aux organes reproducteurs ajoute une charge sociale considérable. Dans les sondages, l'évitement de la stigmatisation a été le principe prioritaire pour les patientes, devant même la précision scientifique.
Comment on change le nom d'un syndrome mondial
Renommer un syndrome reconnu mondialement ne se fait pas en signant une pétition. L'initiative dirigée par Helena Teede (Monash University) a mobilisé :
- 56 organisations académiques, cliniques et associations de patientes,
- Deux sondages Delphi globaux, 14 360 réponses cumulées (10 411 patientes, 3 949 professionnels de santé),
- Deux ateliers de consensus (novembre 2025 et février 2026) en groupes nominaux,
- Une analyse marketing indépendante pour évaluer la transition.
Les ateliers ont utilisé la méthodologie James Lind Alliance, avec co-présidence patientes-soignants dans chaque groupe. Résultat : un soutien quasi unanime au changement, et un nom retenu après plusieurs itérations.
Pourquoi exactement polyendocrinien métabolique ovarien
Plusieurs candidats avaient été présélectionnés. Un nom a été écarté en cours de route : endocrine metabolic ovulatory syndrome, dont l'acronyme EMOS recouvrait une sous-culture jeune avec une connotation émotionnelle problématique. Un autre, metabolic endocrine reproductive syndrome, formait le même acronyme que le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS).
| Terme retenu |
Pourquoi ce choix |
| Polyendocrinien | Reflète l'atteinte simultanée de plusieurs axes hormonaux (insuline, androgènes, GnRH, AMH). Le préfixe poly- offre une continuité phonétique avec polycystic, facilitant l'adoption. |
| Métabolique | Reconnaît la dimension métabolique : résistance à l'insuline, risque cardiovasculaire accru, complications endocriniennes du métabolisme énergétique. |
| Ovarien | Maintient le lien avec l'ovaire, où se concentrent les manifestations cliniques visibles, sans en faire l'origine exclusive. |
⚠️ Le cas du terme reproductif
Le terme reproductive, pourtant plus large et plus précis que ovarian, a été écarté en raison de sa charge stigmatisante dans plusieurs cultures où la fertilité conditionne la valeur sociale des femmes. C'est l'un des rares cas où l'analyse culturelle a primé sur la précision strictement biomédicale.
La transition sur 3 ans
Le plan d'implémentation, co-conçu avec des experts en science de la mise en œuvre, prévoit huit étapes : publication académique, ressources multilingues, intégration dans les dossiers médicaux électroniques, alignement avec l'OMS pour la CIM, mise à jour des International Guidelines en 2028. Le tout sur 3 ans, avec évaluation continue.
Pour les patientes, rien d'urgent ne change. Les critères diagnostiques (Rotterdam révisés en 2023 : oligo-anovulation, hyperandrogénie clinique ou biochimique, ovaires polykystiques à l'échographie ou AMH élevée) restent ceux utilisés depuis l'International Guideline 2023. Les traitements aussi.
Ce qui change progressivement, c'est la reconnaissance médicale, sociale et institutionnelle d'une réalité que le nom occultait. Et c'est précisément l'objectif : meilleur dépistage, meilleure compréhension par les patientes elles-mêmes, moins de honte.
📌 Résumé scientifique
Teede et al. (Lancet 2026, DOI : 10.1016/S0140-6736(26)00717-8) documentent le premier processus de consensus international ayant abouti à un changement de nomenclature pour le SOPK, devenu polyendocrine metabolic ovarian syndrome (PMOS). Méthodologie : deux sondages Delphi modifiés (n=14 360), deux ateliers en Nominal Group Technique, analyse marketing pro bono. Justification : inadéquation du terme polycystic avec la physiopathologie multisystémique (résistance à l'insuline chez 85 % des patientes, hyperandrogénie, dysfonction GnRH, élévation AMH), retard diagnostique chronique (70 % non diagnostiquées), et stigmatisation associée à la fertilité.
Méthodologie : Delphi modifié et Nominal Group Technique
Le processus s'appuie sur quatre méthodes combinées, alignées sur les standards de la James Lind Alliance :
- Deux sondages Delphi globaux (avril-octobre 2025 et janvier 2026), précédés par deux sondages plus anciens (2017 et 2023) qui avaient mesuré le mandat patient pour un changement. Total cumulé : 22 068 réponses.
- Échantillonnage purposif stratifié avec disponibilité en cinq langues (anglais, chinois, allemand, persan, malais) sur trois plateformes (Qualtrics, Google Forms, WeChat).
- Deux ateliers en groupes nominaux (novembre 2025, février 2026) avec représentation par région OMS, co-présidence patiente/soignant dans chaque sous-groupe, observateurs indépendants pour superviser le respect du code de conduite.
- Analyse marketing pro bono par une agence mondiale (incluant un module IA), pour évaluer faisabilité, clarté et stratégies de transition.
Le sondage A a recueilli 9 358 réponses de patientes et 3 656 de soignants. Le sondage B (re-contact des participants ayant consenti), 1 053 patientes et 293 soignants (taux de réponse 49 %). Les ateliers ont rassemblé 27 patientes et 63 soignants, avec une représentation des principales disciplines : gynécologie-obstétrique, endocrinologie reproductive, endocrinologie générale, médecine générale, nutrition, pédiatrie, dermatologie, psychologie.
Physiopathologie : pourquoi polyendocrinien est plus juste que polykystique
Les analyses pangénomiques multi-ancestrales récentes (Zhao et al., Nat Genet 2025) confirment l'origine polygénique du syndrome, avec des signaux convergents sur les voies neuroendocrines, métaboliques et reproductives.
Anomalies neuroendocrines centrales. Augmentation de la pulsatilité de la GnRH hypothalamique, entraînant une élévation chronique de la LH et une perturbation de la stéroïdogenèse ovarienne. Cette dérégulation centrale précède et amplifie l'hyperandrogénie périphérique.
Hyperandrogénie et résistance à l'insuline. La résistance à l'insuline est présente chez 85 % des patientes, dont 75 % des patientes minces (IMC ≤ 25 kg/m²). L'hyperinsulinémie compensatrice stimule la production d'androgènes par les cellules thécales ovariennes et, fréquemment, par les surrénales. Ce double mécanisme, central et périphérique, explique pourquoi l'androgénisation peut persister indépendamment de la composition corporelle.
Dysfonction ovarienne. L'hyperinsulinémie perturbe les cellules de la granulosa et de la thèque, aggravant l'hyperandrogénie locale. L'AMH est élevée du fait du désordre de la folliculogenèse, ce qui justifie son intégration dans les critères diagnostiques adultes (International Guideline 2023). Les follicules antraux s'accumulent sans maturation complète. C'est l'image échographique historiquement appelée à tort polykystique.
Risque cardiométabolique : la dimension trop longtemps minorée
La revue systématique de Tay et al. (2024) intégrée à l'argumentaire du Lancet documente, sur des cohortes principalement préménopausiques :
| Événement cardiovasculaire |
Odds Ratio (vs population sans SOPK) |
| Maladie cardiovasculaire composite | 1,68 |
| Infarctus du myocarde | 2,50 |
| AVC | 1,71 |
S'ajoutent l'augmentation du diabète de type 2, de la stéatose hépatique métabolique (MASLD), de la dyslipidémie, du diabète gestationnel, et des complications obstétricales documentées dans les méta-analyses de Bahri Khomami et al. (2024, Nature Communications). L'inclusion du terme metabolic dans le nouveau nom est ainsi cliniquement et épidémiologiquement justifiée.
Le processus de sélection terminologique
Le sondage A a évalué le soutien pour différentes approches :
- Nom symptomatique nouveau : 86 % des patientes, 71 % des soignants.
- Nom générique (type asthme) : 45 % et 54 %.
- Maintien de l'acronyme PCOS avec termes nouveaux : 20 % et 40 %.
Pour les termes, le sondage A a validé : endocrine (85 %), polyendocrine (81 %), metabolic (76 %), ovulatory (54 %), reproductive (54 %). L'atelier A a initialement classé endocrine metabolic ovulatory syndrome en tête, avant que la marque EMOS ne soit jugée problématique. Le sondage B a confirmé polyendocrine metabolic ovulatory syndrome en tête (66 %), avant que l'atelier B ne substitue ovarian à ovulatory (70 % de soutien) pour englober les troubles ovariens, folliculaires et ovulatoires, et conserver une pertinence après la ménopause.
Sur 90 participants aux ateliers, seuls deux se sont opposés au changement de nom. Le mandat patient est massif et constant depuis 2017.
Stratégie d'implémentation en 8 étapes
Le plan, ancré dans le Consolidated Framework for Implementation Research et les Expert Recommendations for Implementing Change, articule :
- Publication et dissémination académique (commentaires, éditoriaux, manuels).
- Co-conception de ressources patient et professionnel multilingues.
- Communication globale coordonnée avec les sociétés savantes.
- Intégration aux dossiers médicaux électroniques et au SNOMED-CT.
- Alignement avec gouvernements, financeurs, journaux, industrie pharmaceutique.
- Engagement formel avec l'OMS pour la CIM.
- Transition gérée sur 3 ans avec évaluation continue.
- Intégration à la mise à jour 2028 des International Guidelines (195 pays).
⚠️ Analyse critique et limites
Représentation régionale déséquilibrée : sous-représentation des pays à faibles et moyens revenus, et des régions Asie, Afrique, Amérique du Sud. Échantillonnage purposif non probabiliste, taux de réponse non calculable pour le sondage A. La participation volontaire introduit un biais de sélection probable en faveur de patientes déjà engagées dans le sujet.
Limite implicite : la traduction du nouveau nom dans les langues non couvertes par les sondages (français notamment) reste à effectuer par les sociétés savantes locales. Le délai d'adoption francophone dépendra en partie de l'engagement des sociétés française et belge d'endocrinologie et de gynécologie. La proposition spontanée SPMO n'est qu'un point de départ.
Implications pour la pratique francophone
Trois conséquences attendues à court et moyen terme :
- Pression sur les guidelines nationales : la mise à jour 2028 de l'International Guideline servira de bascule officielle. Les sociétés savantes francophones (Société française d'endocrinologie, Société belge d'endocrinologie, CNGOF) devront fixer la terminologie d'ici là.
- Recalibrage du dépistage : si le nouveau nom fait son travail, davantage de patientes seront orientées vers un bilan métabolique complet à la première suspicion, et non vers une consultation gynécologique isolée.
- Communication aux patientes : période transitoire où le terme SOPK continuera d'être utilisé. La pédagogie clinique devra anticiper la confusion potentielle (mon syndrome a-t-il changé ?).
Pour les chercheurs et cliniciens, le moment est aussi à la cohérence dans les publications : adopter dès maintenant la nouvelle dénomination (avec mention transitionnelle de l'ancienne) accélère l'adoption et améliore la traçabilité bibliographique à venir.
Teede HJ, Bahri Khomami M, Morman R, Laven JSE, Joham AE, Costello MF, Patil M, Rees DA, Berry L, Cree MG, Zhao H, Norman RJ, Dokras A, Piltonen T, on behalf of the Global Name Change Consortium. Polyendocrine metabolic ovarian syndrome, the new name for polycystic ovary syndrome: a multistep global consensus process. Lancet. 2026 May 12. doi:10.1016/S0140-6736(26)00717-8. Open Access (CC BY 4.0).
Sources primaires complètes