Illustration : une mosaïque de parcelles agricoles vue du ciel, où des champs de céréales cèdent progressivement la place à des cultures maraîchères colorées

🌍 Environnement · Agriculture

Changer ce que nous mangeons redessinerait l'agriculture mondiale

7 septembre 2026 · 8 min de lecture · Décryptage · Modélisation économique 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

On appelle souvent à transformer notre alimentation pour des raisons de santé et d'environnement. Une étude publiée dans Nature en 2026 chiffre ce que cela ferait à l'agriculture mondiale d'ici 2050 : 6 % de terres agricoles en moins, une production inférieure de 17 % aux projections, et une valeur inférieure de 1 600 milliards de dollars.

Ce que recouvre la transformation simulée

Le scénario combine trois leviers. L'adoption du régime de référence EAT-Lancet, qui privilégie fortement les végétaux et limite la viande rouge. Une amélioration de la productivité agricole. Et une réduction de moitié du gaspillage alimentaire. Ce sont trois chantiers distincts, souvent invoqués ensemble, rarement chiffrés conjointement.

Pourquoi dix modèles plutôt qu'un

Les auteurs utilisent un ensemble de dix modèles économiques mondiaux. C'est la bonne pratique dans ce domaine : chaque modèle porte ses hypothèses sur les élasticités, les substitutions, le commerce international. En les faisant tourner tous, on obtient non pas un chiffre unique mais une fourchette, qui rend visible l'incertitude au lieu de la masquer.

🌾 Les terres

6 % de terres agricoles en moins par rapport à 2020, avec un intervalle de +1 % à -26 %.

💰 La valeur

1 600 milliards de dollars de production en moins, soit 26 %.

🥦 Le basculement

Élevage en forte baisse, végétaux en hausse de 23 %.

Les gagnants et les perdants

La restructuration n'est pas uniforme, et c'est le point central. La valeur de la production animale serait inférieure de 49 à 83 % aux projections tendancielles pour 2050. À l'inverse, celle des légumes, fruits, fruits à coque et légumineuses augmenterait de 23 %. Il ne s'agit donc pas d'une contraction générale mais d'un basculement d'un secteur vers un autre, avec des conséquences très différentes selon les régions et les filières.

Une rupture avec les tendances historiques

Les auteurs soulignent que certains aspects de cette restructuration rompent avec les tendances historiques. L'agriculture mondiale a connu depuis des décennies une croissance quasi continue en surface, en production et en valeur. Un scénario où ces trois grandeurs reculent simultanément n'a pas de précédent, ce qui limite la capacité des modèles, calibrés sur le passé, à en prédire les effets.

⚠️ Le point que les auteurs insistent à souligner

Les résultats dépendent des politiques supposées pour atteindre le scénario. Ce n'est pas un détail : ils ne prédisent pas ce qui va se passer, ils décrivent ce qui se passerait si certaines politiques étaient mises en œuvre. Les auteurs plaident pour que la politique alimentaire intègre à la fois les bénéfices (santé, environnement) et l'économie politique de ces impacts, c'est-à-dire la résistance des perdants.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : transformation des systèmes alimentaires d'ici 2050

Qu'est-ce que le régime de référence EAT-Lancet ?

C'est un modèle alimentaire proposé pour concilier santé humaine et limites planétaires, privilégiant fortement les végétaux, les légumineuses et les fruits à coque, et limitant nettement la viande rouge. C'est l'un des trois leviers du scénario simulé, avec l'amélioration de la productivité et la réduction de moitié du gaspillage.

Combien de terres agricoles seraient libérées ?

La baisse médiane simulée est de 6 % par rapport à 2020, mais l'intervalle entre modèles va de +1 % à -26 %. Cette largeur reflète des hypothèses très différentes sur les substitutions, le commerce international et le progrès technique.

Quels secteurs seraient les plus touchés ?

L'élevage, de très loin. La valeur de la production animale serait inférieure de 49 à 83 % aux projections pour 2050. À l'inverse, la valeur des légumes, fruits, fruits à coque et légumineuses augmenterait de 23 %.

Quel serait le bénéfice climatique ?

Les émissions non liées au CO2, essentiellement méthane entérique et protoxyde d'azote, seraient inférieures de 34 % à la tendance. Les émissions nettes de CO2 liées au changement d'usage des terres chuteraient de 85 % par rapport à 2020, ce qui reflète l'arrêt de la conversion de forêts en terres agricoles.

Pourquoi utiliser dix modèles différents ?

Parce qu'un résultat issu d'un seul modèle reflète autant ses hypothèses que la réalité. Les modèles diffèrent par leurs élasticités, leur traitement du commerce et leur représentation des usages des terres. L'ensemble produit une fourchette qui rend l'incertitude visible au lieu de la masquer.

Est-ce une prédiction de ce qui va arriver ?

Non, et les auteurs y insistent. Les résultats dépendent des politiques supposées pour atteindre le scénario. Il s'agit de décrire ce qui se passerait si certaines politiques étaient mises en œuvre, pas de prédire une évolution.

Pourquoi une telle transition serait-elle difficile ?

Parce que ses bénéfices sont diffus, en santé publique et en climat, tandis que ses coûts sont concentrés sur des filières et des régions identifiables, notamment d'élevage. C'est la structure typique des réformes bloquées, et les modèles simulent l'équilibre final, pas la trajectoire politique pour y parvenir.