Illustration : un campement de chasseurs-cueilleurs au bord d'un lac gelé sous un ciel crépusculaire, avec au premier plan une double hélice d'ADN se dissolvant en particules dorées

🧬 Paléogénomique · Épidémies

La peste tuait déjà il y a 5 500 ans, et elle frappait surtout les enfants

20 juin 2026 · 8 min de lecture · Décryptage · ADN ancien 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

La peste noire du XIVᵉ siècle n'était pas la première. Bien avant elle, il y a environ 5 500 ans, la bactérie de la peste circulait déjà chez des chasseurs-cueilleurs de Sibérie, près du lac Baïkal. Elle y tuait, et elle tuait surtout des enfants. Ces souches anciennes ne pouvaient pourtant pas provoquer la forme bubonique classique, celle transmise par les puces.

Pourquoi cette découverte est surprenante

On savait depuis une dizaine d'années que des formes très anciennes de Yersinia pestis, la bactérie responsable de la peste, existaient au Néolithique. Mais un doute majeur subsistait : ces souches primitives n'avaient pas encore les outils génétiques nécessaires à la forme bubonique, celle qui se transmet par les puces et qui a ravagé l'Europe médiévale. Ces armes moléculaires n'apparaissent qu'il y a environ 3 800 ans. D'où la question : ces vieilles souches rendaient-elles vraiment malade ?

Quatre cimetières, une réponse nette

L'équipe de Ruairidh Macleod a analysé l'ADN ancien d'individus enterrés dans quatre cimetières de chasseurs-cueilleurs près du lac Baïkal, en Sibérie du Sud-Est. La bactérie a été détectée chez 39 % des individus testés. Un tel taux ne s'explique pas par le hasard ou la contamination : il signe de véritables épidémies.

💭 L'idée reçue

« La peste, c'est le Moyen Âge. » En réalité, la bactérie circulait déjà chez des chasseurs-cueilleurs il y a plus de 5 000 ans.

📊 Le chiffre

39 % des individus testés dans quatre cimetières portaient la bactérie de la peste.

👧 Le plus dur

La mortalité était concentrée chez les enfants, autour de 8 à 11 ans.

Des familles entières emportées

En reconstruisant les liens de parenté à partir de l'ADN, les chercheurs ont montré que la maladie frappait de petits groupes familiaux. C'est le profil attendu d'une transmission d'humain à humain, et non d'une contamination dispersée par des animaux. La première vague s'est déroulée à l'intérieur d'une seule génération : une épidémie rapide, pas une endémie lente.

Une mortalité qui frappait les enfants

Les infections semblent avoir entraîné une mortalité aiguë, avec un pic marqué chez les enfants d'environ 8 à 11 ans. Cette signature démographique est précieuse pour les archéologues : un cimetière qui se remplit brutalement d'enfants n'a pas la même histoire qu'un cimetière qui accumule des adultes au fil des décennies.

✅ Ce que cela change à l'histoire des épidémies

On imagine souvent que les grandes maladies infectieuses sont nées avec les villes, l'agriculture et la promiscuité. Ici, des chasseurs-cueilleurs, en petits groupes mobiles, subissent déjà des épidémies mortelles. La densité de population n'est donc pas la seule condition d'apparition d'une épidémie meurtrière.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : la peste préhistorique du lac Baïkal

Quelle est la plus ancienne peste connue ?

Les souches décrites au lac Baïkal remontent à environ 5 500 ans avant le présent, et l'étude contraint l'émergence de Yersinia pestis à avant environ 5 700 ans. Ce sont donc des formes antérieures de plusieurs millénaires à la peste de Justinien (VIᵉ siècle) et à la peste noire (XIVᵉ siècle).

Cette peste ancienne était-elle la même maladie que la peste noire ?

Non, pas exactement. Les souches anciennes n'avaient pas les facteurs de virulence nécessaires à la forme bubonique classique, transmise par les puces, qui n'apparaissent qu'il y a environ 3 800 ans. Elles étaient néanmoins épidémiques et mortelles, ce que cette étude établit pour la première fois de façon convaincante.

Comment sait-on que la maladie se transmettait d'humain à humain ?

En reconstruisant les liens de parenté à partir de l'ADN ancien. Les individus infectés se regroupent dans de petits ensembles familiaux, et la première vague tient dans une seule génération. Une transmission par des animaux produirait au contraire des cas dispersés sans structure familiale.

Pourquoi les enfants étaient-ils les plus touchés ?

Les données montrent un pic de mortalité chez les enfants d'environ 8 à 11 ans, ce qui signe une maladie aiguë plutôt qu'une infection chronique. L'étude ne tranche pas sur la cause biologique de cette vulnérabilité ; l'immaturité immunitaire et l'exposition au sein du foyer sont des pistes, non des conclusions.

Que veut dire un taux de détection de 39 % ?

Que 39 % des individus testés dans quatre cimetières portaient l'ADN de la bactérie. Ce chiffre ne se lit pas comme un taux d'infection de la population vivante : la conservation de l'ADN varie selon les sites, et les cimetières fouillés ne sont pas un échantillon aléatoire.

Les chasseurs-cueilleurs subissaient-ils donc des épidémies ?

Oui, c'est le message principal. On associe souvent l'apparition des grandes maladies infectieuses à l'agriculture, à la sédentarisation et aux fortes densités humaines. Ici, des groupes mobiles et peu nombreux connaissent déjà des épidémies mortelles.

L'ADN ancien permet-il de dire de quoi quelqu'un est mort ?

Pas directement, et c'est la principale limite. La détection de la bactérie dans des restes humains indique une infection au moment du décès, pas nécessairement sa cause. C'est la convergence de plusieurs signaux (prévalence élevée, agrégation familiale, profil de mortalité aigu) qui rend l'interprétation épidémique la plus parcimonieuse.