🧠 Neurosciences & SLA

Maladie de Charcot (SLA) : NU-9, la première molécule qui répare les neurones moteurs supérieurs malades

8 mai 2026 · 12 min de lecture · Étude précliniqueㆍmodèle murin 📄 Source originale ↗ 🔬 PubMed ↗ 🧪 Akava Tx ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales — UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📋 Dans cet article

Infographie : NU-9, molécule qui répare les neurones moteurs supérieurs dans la SLA

📌 L'essentiel en une phrase

Une équipe de Northwestern University a identifié une petite molécule, NU-9, capable de stopper la dégénérescence des neurones du cerveau qui meurent dans la maladie de Charcot — une première dans l'histoire de cette maladie incurable.

C'est quoi la maladie de Charcot ?

La maladie de Charcot, aussi appelée SLA (sclérose latérale amyotrophique), est une maladie neurodégénérative dans laquelle les neurones moteurs meurent progressivement. Ces neurones sont la chaîne de commande des mouvements volontaires : marcher, parler, avaler, respirer. Quand ils disparaissent, les muscles s'affaiblissent, puis se paralysent. La maladie est aujourd'hui incurable, et l'espérance de vie moyenne après diagnostic est de 3 à 5 ans.

Deux types de neurones moteurs, un seul ciblé jusqu'ici

Les neurones moteurs sont organisés en deux étages. Les neurones moteurs supérieurs partent du cerveau (cortex moteur) et descendent dans la moelle épinière. Les neurones moteurs inférieurs, eux, partent de la moelle épinière et atteignent les muscles. Les deux meurent dans la SLA — mais les chercheurs se sont historiquement concentrés sur les inférieurs, plus accessibles. Les supérieurs étaient considérés comme « secondaires ». Pourtant, ce sont eux qui dégénèrent en premier dans certains cas.

Ce que NU-9 a fait dans cette étude

Les chercheurs ont travaillé sur deux modèles de souris qui développent une SLA : l'un à cause d'une protéine SOD1 défectueuse, l'autre à cause de la protéine TDP-43, qui est impliquée dans environ 95 % des cas humains. Ils ont donné NU-9 par voie orale tous les jours pendant 60 jours, à partir du moment où les souris commencent à montrer des symptômes.

Le résultat, chiffré

5

Sans traitement

neurones moteurs supérieurs préservés (sur ~60 chez la souris saine)

46

Avec NU-9

neurones préservés, soit un retour quasi-normal

Sans traitement, à 4 mois, les souris malades n'ont plus que 5 neurones moteurs supérieurs par section observée — au lieu d'environ 60 chez une souris saine. Avec NU-9, elles en conservent 46. La molécule ne se contente pas de ralentir la maladie : elle arrête la dégénérescence en cours. Les souris bougent aussi mieux : elles se cramponnent plus longtemps lorsqu'on les retourne sur une grille, un test qui mesure spécifiquement la fonction des neurones du cortex moteur.

Comment NU-9 fait-il ça ?

La molécule s'attaque à deux problèmes communs aux neurones malades : leurs mitochondries (les centrales énergétiques de la cellule) sont cassées, et leur réticulum endoplasmique (l'usine où sont fabriquées les protéines) est dilaté et fragmenté. NU-9 restaure la structure des deux. Concrètement, en regardant les neurones au microscope électronique, ceux des souris traitées ressemblent à nouveau à des neurones sains.

⚠️ Ce que ça ne veut PAS dire

Cette étude a été faite chez la souris, pas chez l'humain. NU-9 protège les neurones du cerveau, mais pas ceux de la moelle épinière (les neurones moteurs inférieurs), qui meurent aussi dans la SLA. Beaucoup de molécules qui marchent chez la souris échouent chez l'humain. Ce n'est donc pas un traitement disponible aujourd'hui.

Et depuis 2021 ?

Cette étude fondatrice a été publiée en 2021. Depuis, NU-9 a été licencié à une société de biotech, Akava Therapeutics, qui l'a renommé AKV9. La FDA a autorisé en août 2023 le passage à des essais cliniques sur l'humain. Une étude de Phase 1 a démarré en 2024 chez des volontaires sains pour vérifier la tolérance. En 2025, des données préliminaires sur la maladie d'Alzheimer ont été publiées dans PNAS. Si les essais avancent, un essai sur des patients SLA pourrait suivre. Ça reste long — il faut souvent 10 à 12 ans pour qu'une molécule passe du laboratoire à la pharmacie.

Sources vérifiables

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Questions fréquentes

Quand NU-9 (AKV9) sera-t-il disponible pour les patients atteints de SLA ?

Pas avant plusieurs années, et seulement si les essais réussissent. La FDA a autorisé en août 2023 la Phase 1 chez des volontaires sains, qui évalue la tolérance et la pharmacocinétique. Une Phase 2 chez des patients SLA pourrait suivre, puis une Phase 3 plus large avant toute commercialisation. Le délai habituel entre les premiers essais humains et la mise sur le marché d'un nouveau médicament est de 10 à 12 ans selon Richard Silverman, l'inventeur de la molécule. Une disponibilité réaliste se situerait autour de 2030–2035 dans le scénario le plus favorable.

NU-9 peut-il guérir la maladie de Charcot ?

L'étude ne suggère pas une guérison, même chez la souris. NU-9 stoppe la dégénérescence des neurones moteurs supérieurs (cortex cérébral), mais n'a aucun effet démontré sur les motoneurones inférieurs (moelle épinière), qui meurent aussi dans la SLA. Une éventuelle thérapie efficace devrait probablement combiner NU-9 avec d'autres molécules ciblant les motoneurones inférieurs, comme le riluzole ou l'edaravone. Des publications ultérieures du même groupe (Sci Rep, 2022) ont d'ailleurs exploré cette piste de combinaison.

NU-9 et AKV9 sont-ils la même molécule ?

Oui. NU-9 est le nom académique donné par les laboratoires de Northwestern University. En juin 2022, la molécule a été licenciée à Akava Therapeutics, une société de biotechnologie fondée par Richard Silverman lui-même, qui l'a renommée AKV9 dans le cadre de son développement clinique. C'est exactement le même composé chimique.

Pourquoi cette étude n'a-t-elle été faite que chez la souris ?

C'est l'étape préclinique obligatoire avant tout essai humain. Les modèles murins utilisés (hSOD1G93A et prpTDP-43A315T) ont été choisis car ils reproduisent fidèlement les altérations cellulaires observées dans les neurones moteurs supérieurs des patients SLA — vérifiées sur des échantillons post-mortem humains dans la même étude. Le passage à l'humain demande des études de sécurité supplémentaires (toxicologie, pharmacocinétique sur grand animal), ce qu'Akava Therapeutics a entrepris avant l'IND clearance de la FDA en 2023.

En quoi cette étude diffère-t-elle des essais cliniques précédents pour la SLA ?

C'est la première étude qui évalue explicitement la santé des neurones moteurs supérieurs comme critère préclinique. Les médicaments en développement pour la SLA ont historiquement utilisé l'extension de la durée de vie de la souris ou la survie des motoneurones inférieurs comme indicateur principal. Or, beaucoup de ces molécules ont échoué chez l'humain. Genç et al. proposent un changement de paradigme : cibler les neurones qui dégénèrent réellement (et précocement) chez les patients, et utiliser des indicateurs cellulaires (mitochondries, RE, dendrites) plutôt que comportementaux ou de survie.

Si NU-9 ne sauve pas les motoneurones inférieurs, à quoi sert-il ?

D'abord, à valider l'hypothèse qu'il est possible de stopper la dégénérescence d'un type de neurone moteur dans la SLA — ce qui n'avait jamais été démontré. Ensuite, parce que les neurones moteurs supérieurs jouent un rôle crucial dans le contrôle moteur volontaire, et qu'ils sont impliqués dans plusieurs autres maladies (sclérose latérale primitive, paraplégie spastique héréditaire, ALS/FTLD). Enfin, dans une stratégie thérapeutique combinée : NU-9 préserverait les UMN tandis que d'autres molécules ciblent les LMN. Des données ultérieures (2022) montrent même qu'NU-9 augmente l'efficacité du riluzole et de l'edaravone sur la régénération axonale.

NU-9 peut-il être efficace dans d'autres maladies neurodégénératives ?

Possiblement. La logique scientifique est solide : la dysfonction mitochondriale et l'agrégation protéique sont des mécanismes partagés par de nombreuses maladies neurodégénératives, dont la maladie d'Alzheimer, la maladie de Parkinson, la dégénérescence frontotemporale (FTLD) et la maladie de Huntington. En mai 2025, une publication dans PNAS a montré qu'AKV9 améliore la mémoire dans un modèle murin de maladie d'Alzheimer (3 souris traitées sur 4 retrouvent des performances de mémoire normales). Akava Therapeutics a également obtenu un financement de 7,3 M$ du National Institute on Aging en 2024 pour étendre les recherches au-delà de la SLA.