Illustration : un planisphère stylisé en lignes dorées sur fond sombre, traversé de courbes lumineuses de densité variable reliant les continents

🌍 Société · Démographie

Les migrations mondiales ont presque triplé en vingt ans, et on peut enfin les suivre année par année

6 juillet 2026 · 8 min de lecture · Décryptage · Démographie et apprentissage automatique 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

On parle beaucoup de migrations, mais on les mesure mal. Les données existantes sont éparses, concentrées sur les pays riches, et dispersées entre des définitions incompatibles. Une équipe a entraîné des réseaux de neurones à reconstituer, année par année et pays par pays, les flux depuis 1990. Le nombre annuel de migrants passe d'environ 13 millions en 2000 à près de 35 millions en 2023.

Pourquoi c'est si compliqué de compter

Trois problèmes se cumulent. D'abord, les données sont rares et très inégalement réparties : les pays à revenu élevé publient des statistiques détaillées, les autres beaucoup moins. Ensuite, elles sont hétérogènes : certains pays comptent des flux (combien de personnes arrivent cette année), d'autres des stocks (combien de personnes nées à l'étranger vivent ici). Enfin, les définitions diffèrent : qui est un migrant, à partir de combien de temps de séjour ?

La méthode : recoller les morceaux

L'équipe de Thomas Gaskin et Guy Abel a combiné quatre sources, statistiques officielles, stocks issus des recensements, estimations de migration nette et reconstructions de flux antérieures, dans un cadre de modélisation unique. Un ensemble de réseaux de neurones récurrents, nourri de variables géographiques, économiques, culturelles et politiques, apprend à produire des estimations cohérentes pour 230 pays et territoires.

📈 En volume

D'environ 13 millions de migrants par an en 2000 à près de 35 millions en 2023.

👥 Par habitant

Le taux passe d'environ 0,2 % à 0,45 % de la population mondiale.

🗓️ La nouveauté

Une résolution annuelle, là où les estimations existantes étaient quinquennales.

Ce que la résolution annuelle change

Les estimations de référence existaient, mais par tranches de cinq ans. Or les migrations réagissent à des chocs brutaux : un conflit, une crise environnementale, un changement politique. Une moyenne sur cinq ans lisse et efface ces épisodes. Passer à l'échelle annuelle fait réapparaître des dynamiques jusque-là noyées, ce que les auteurs présentent comme l'apport principal.

Un exemple concret

Les auteurs estiment qu'environ 19 millions de personnes ont migré d'Asie du Sud vers les pays du Golfe depuis 2010, soit une moyenne de l'ordre de 1,35 million par an. Ce corridor, massif et structurant, est typiquement le genre de flux que des données fragmentaires et des moyennes quinquennales rendent difficile à saisir dans sa dynamique.

⚠️ Comment lire ces chiffres

Ce sont des estimations produites par un modèle, pas des comptages. Les auteurs propagent l'incertitude et publient des intervalles de confiance, ce qui est la bonne pratique. Dans les régions où les données d'entrée sont pauvres, l'incertitude est logiquement plus grande. Ces chiffres se lisent comme des ordres de grandeur et des tendances, pas comme un état civil mondial.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : mesurer les migrations internationales

Combien de personnes migrent chaque année dans le monde ?

Selon cette reconstruction, environ 13 millions par an en 2000 et près de 35 millions en 2023. Rapporté à la population mondiale, le taux passe d'environ 0,2 % à 0,45 %, ce qui signifie que la hausse n'est pas seulement l'effet de la croissance démographique.

Pourquoi est-il si difficile de mesurer les migrations ?

Parce que les données sont rares et concentrées dans les pays à revenu élevé, parce qu'elles mélangent des types incompatibles (flux annuels, stocks de personnes nées à l'étranger, soldes nets), et parce que la définition même du migrant varie d'un pays à l'autre.

Comment un réseau de neurones peut-il estimer des flux migratoires ?

Il apprend, sur les cas où plusieurs types de données coexistent, à produire des estimations cohérentes avec l'ensemble des sources, en s'appuyant sur des variables géographiques, économiques, culturelles et politiques. Le modèle propage l'incertitude et publie des intervalles de confiance.

Ces chiffres sont-ils des comptages réels ?

Non, ce sont des estimations modélisées. Elles sont validées sur des données tenues à l'écart de l'entraînement, où elles surpassent les estimations quinquennales existantes, mais elles restent une inférence et doivent être lues avec leurs intervalles d'incertitude.

Quel est l'apport principal de cette étude ?

La résolution annuelle. Les estimations de référence existaient par tranches de cinq ans, ce qui lissait les réponses migratoires aux chocs : conflits, crises environnementales, changements politiques. L'échelle annuelle permet enfin de les étudier.

Quel est le plus grand corridor migratoire documenté ?

Les auteurs estiment qu'environ 19 millions de personnes ont migré d'Asie du Sud vers les pays du Golfe depuis 2010, soit de l'ordre de 1,35 million par an en moyenne. C'est typiquement un flux de travail que les statistiques de destination captent mal.

La hausse mesurée reflète-t-elle une vraie augmentation des migrations ?

En partie au moins, puisque le taux par habitant double. Mais une part de la hausse peut venir de l'amélioration de la couverture statistique au fil du temps, et ces deux effets sont difficiles à séparer. Les migrations irrégulières et circulaires restent, elles, structurellement sous-captées.