Illustration : un globe stylisé où plusieurs bulles de dialogue dans des alphabets différents émergent d'un réseau de neurones, certaines teintées d'une lumière plus chaude que les autres

🤖 IA · Information et société

Les IA parlent différemment selon la langue, et cela suit la liberté de la presse

20 juillet 2026 · 9 min de lecture · Décryptage · Audit de modèles de langage 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

Des millions de personnes posent des questions à des intelligences artificielles. On s'est beaucoup demandé si ces modèles pouvaient influencer les gens. Une étude publiée dans Nature en 2026 pose la question inverse : qui influence les modèles ? Réponse : le contrôle que les États exercent sur leurs médias, parce que ces médias finissent dans les données d'entraînement.

Le point de départ

Un grand modèle de langage apprend à partir d'énormes quantités de texte récupéré sur Internet. Ce qu'il produit dépend donc de ce qu'il a lu. Or, dans de nombreux pays, une part importante de l'information disponible en ligne provient de médias contrôlés ou orientés par l'État. La question devient alors simple à formuler : cette asymétrie se retrouve-t-elle dans les réponses ?

Premier constat : la langue change la réponse

Les chercheurs ont mené un audit transnational, en posant des questions équivalentes dans de nombreuses langues. Résultat : les modèles adoptent une tonalité plus favorable au gouvernement dans les langues des pays où la liberté de la presse est plus faible. La corrélation existe à l'échelle mondiale, et pas seulement pour un pays donné.

🌐 L'audit

Une tonalité plus pro-gouvernementale dans les langues des pays à faible liberté de presse.

📚 La source

Les médias d'État figurent bel et bien dans les jeux de données d'entraînement.

🔁 Le test

Réentraîner un modèle sur ces contenus rend ses réponses plus positives.

Remonter la chaîne, plutôt que constater

Une corrélation ne suffit pas. Pour identifier le mécanisme, l'équipe de Hannah Waight a construit une étude de cas sur les médias chinois, en trois temps. Premier temps : montrer que des contenus scénarisés et curés par l'État chinois figurent effectivement dans des jeux de données d'entraînement. Les auteurs relèvent par exemple que, dans le corpus CulturaX, les documents en chinois sont environ 41 fois plus susceptibles de provenir de domaines gouvernementaux de Chine continentale que de Wikipédia.

Le test décisif

Deuxième temps : prendre un modèle ouvert et lui faire subir un préentraînement additionnel sur ces contenus. Résultat : ses réponses deviennent plus positives sur les institutions et les dirigeants chinois. Troisième temps : vérifier que cela se retrouve dans les modèles commerciaux. Deux audits montrent que poser la question en chinois produit des réponses plus positives sur les institutions et dirigeants chinois que la même question en anglais.

⚠️ La conclusion inquiétante des auteurs

Si contrôler ses médias permet d'orienter ce que diront les IA du monde entier, alors les États et les institutions puissantes ont désormais une incitation stratégique supplémentaire à contrôler l'information. Le contrôle des médias ne sert plus seulement à influencer ses propres citoyens, mais aussi à façonner une infrastructure mondiale de réponse aux questions.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : biais des IA, langues et médias d'État

Les intelligences artificielles sont-elles politiquement biaisées ?

Cette étude documente un biais précis : les modèles présentent une tonalité plus favorable aux gouvernements dans les langues des pays où la liberté de la presse est plus faible. Le mécanisme identifié passe par les données d'entraînement, où les médias contrôlés par l'État sont surreprésentés dans certaines langues.

La réponse change-t-elle selon la langue dans laquelle je pose la question ?

Oui, c'est l'un des résultats clés. Deux audits montrent qu'interroger un modèle en chinois sur les institutions et dirigeants chinois produit des réponses plus positives que la même question posée en anglais. Le biais est donc indexé sur la langue, pas seulement sur le sujet.

Comment les médias d'État se retrouvent-ils dans les données d'entraînement ?

Les modèles sont entraînés sur d'immenses corpus collectés sur le web. Là où une part importante de l'information en ligne provient de médias contrôlés, ces contenus y sont mécaniquement surreprésentés. Les auteurs relèvent par exemple que les documents en chinois du corpus CulturaX ont environ 41 fois plus de chances de provenir d'un domaine gouvernemental continental que de Wikipédia.

Comment les chercheurs ont-ils prouvé le lien de cause à effet ?

Par triangulation en six études. L'étape décisive est expérimentale : ils ont fait subir à un modèle ouvert un préentraînement additionnel sur des contenus coordonnés par l'État, et ont observé que ses réponses devenaient plus positives sur les institutions et dirigeants concernés.

Cela veut-il dire que les IA sont des outils de propagande ?

L'étude ne va pas jusque-là. Elle montre que la composition de l'offre informationnelle en amont se transmet aux sorties des modèles, ce qui crée une incitation stratégique nouvelle pour les États à contrôler leurs médias. Elle ne démontre pas une intention des concepteurs de modèles.

Les entreprises qui développent ces modèles peuvent-elles corriger ce biais ?

Les procédures d'alignement postérieures à l'entraînement peuvent atténuer ou amplifier ces biais, mais elles ne sont pas observables de l'extérieur, et l'étude ne les évalue pas. Le recours croissant à la recherche en ligne dans les réponses ajoute par ailleurs une seconde couche de dépendance à l'écosystème informationnel.

Quelles sont les limites de cette étude ?

L'audit transnational est corrélationnel, et la liberté de la presse covarie avec le volume de texte numérisé disponible par langue, ce qui constitue une confusion difficile à éliminer. L'expérience de préentraînement porte sur un modèle ouvert, plus petit que les systèmes commerciaux. Enfin, l'étude mesure une tonalité, pas une exactitude factuelle.