Illustration : des particules virales dormantes en tons sombres qui s'illuminent progressivement dans un paysage cellulaire, avec une ligne de temps lumineuse en arrière-plan

🧬 Santé · Immunologie

COVID : les vieux virus endormis se réveillent, y compris chez les non immunodéprimés

20 août 2026 · 9 min de lecture · Décryptage · Virologie et immunité 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

Nous portons tous, en permanence, des virus endormis : ceux de la mononucléose, de la varicelle, du cytomégalovirus. Une étude publiée dans Nature en 2026, portant sur 1 154 patients hospitalisés pour COVID, montre que ces virus se réveillent chez près d'un patient sur deux, y compris chez des personnes dont le système immunitaire fonctionne normalement.

Des passagers permanents

Les infections virales chroniques sont la règle, pas l'exception. La plupart des adultes portent plusieurs virus latents, notamment de la famille des herpèsvirus : virus d'Epstein-Barr (mononucléose), cytomégalovirus, virus de la varicelle et du zona. Ils restent silencieux, tenus en respect par le système immunitaire, et peuvent se réactiver lors d'un stress physiologique important.

Ce que l'étude a mesuré

L'équipe de Cole Maguire a exploité une cohorte américaine de 1 154 patients hospitalisés pour COVID-19, suivis dans le temps avec des mesures multiples : génomique, transcriptomique, métabolomique. Cette combinaison de données longitudinales et multi-omiques permet de suivre non seulement quels virus se réactivent, mais quand et avec quelles conséquences immunitaires.

👥 La cohorte

1 154 patients hospitalisés pour COVID-19, suivis dans le temps.

🔓 La réactivation

Environ 47,9 % des participants présentent une réactivation virale.

⏳ La persistance

La réactivation se poursuit en convalescence, au-delà de la phase aiguë.

L'idée reçue que l'étude renverse

On expliquait classiquement ces réactivations par l'immunosuppression : un système immunitaire affaibli, par un traitement ou une maladie, laisse les virus latents reprendre. Les données montrent autre chose. Les réactivations surviennent fréquemment chez des personnes immunocompétentes en situation de maladie sévère, et elles s'accompagnent d'une inflammation systémique accrue. Ce n'est donc pas seulement une défaillance des défenses, c'est un phénomène lié à l'état inflammatoire.

Le lien avec le COVID long

Deux familles virales ressortent : les Herpesviridae et les Anelloviridae, ces derniers étant des virus très répandus et généralement considérés comme inoffensifs, dont l'abondance reflète l'état du système immunitaire. Fait notable, la réactivation persiste en convalescence, et les Anelloviridae sont associés au COVID long.

⚠️ Association n'est pas causalité

Les auteurs le disent explicitement : leurs résultats n'établissent pas de lien de cause à effet entre réactivation virale et évolution clinique. Trois lectures restent possibles : la réactivation aggrave la maladie, la maladie sévère provoque la réactivation, ou les deux découlent d'un même état inflammatoire. Cet article informe ; toute question sur un COVID long relève d'un médecin.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : réactivation virale, COVID aigu et COVID long

Quels virus se réactivent pendant un COVID sévère ?

Principalement des Herpesviridae, famille qui comprend le virus d'Epstein-Barr, le cytomégalovirus et le virus herpès simplex, ainsi que des Anelloviridae, virus très répandus et sans pathogénicité établie. Environ 47,9 % des patients hospitalisés de la cohorte présentaient une réactivation.

Faut-il être immunodéprimé pour que cela arrive ?

Non, et c'est le résultat le plus important de l'étude. Les réactivations surviennent fréquemment chez des personnes immunocompétentes en situation de maladie sévère, en association avec une inflammation systémique accrue. Le facteur de risque se déplace donc d'une catégorie clinique vers un état physiologique.

Qu'est-ce qu'un virus latent ?

C'est un virus qui persiste dans l'organisme après l'infection initiale, sans se multiplier activement, tenu en respect par le système immunitaire. La plupart des adultes en portent plusieurs. Un stress physiologique important peut lever ce contrôle et permettre une réactivation.

Ces réactivations causent-elles le COVID long ?

L'étude ne l'établit pas et ne le prétend pas. Elle documente une association entre Anelloviridae et COVID long. Comme l'abondance de ces virus reflète le niveau de contrôle immunitaire, l'association pourrait tout aussi bien signaler une immunité perturbée qu'un rôle causal des virus eux-mêmes.

Les réactivations s'arrêtent-elles après la guérison ?

Pas toujours. L'étude documente une persistance de la réactivation pendant la convalescence, au-delà de la phase aiguë de la maladie.

Les traitements du COVID pourraient-ils y contribuer ?

C'est une limite reconnue de ce type d'étude. Les corticoïdes et les anti-IL-6, standards de traitement du COVID sévère, favorisent eux-mêmes la réactivation herpétique. Distinguer leur effet de celui de la maladie demande un ajustement statistique fin.

Ce phénomène est-il propre au COVID ?

Probablement pas. La réactivation virale en situation de maladie critique est documentée dans le sepsis et en réanimation de façon générale. Il manque, pour trancher, une comparaison avec une cohorte de maladie critique non liée au COVID.