Illustration : une calotte glaciaire vue du ciel avec des courants atmosphériques dorés partant des tropiques et s'enroulant vers le pôle Sud

🌍 Environnement · Climat

L'Antarctique a repris de la masse, et ce n'est pas une bonne nouvelle

31 août 2026 · 8 min de lecture · Décryptage · Climatologie 📄 Étude clé ↗
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Diogo Oliveira Cordemans

Étudiant en Sciences Biomédicales · UCLouvain · Fondateur de La Loupe · Sources primaires vérifiées, zéro jargon sans explication.

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📌 L'essentiel en une phrase

Entre 2021 et 2023, l'Antarctique a gagné de la masse, ce qui a ralenti sa contribution à la hausse du niveau des mers. Une étude publiée dans Nature en 2026 explique pourquoi, et la réponse compte autant que le fait : ce gain vient d'un phénomène tropical récurrent, pas du réchauffement, et il est donc probablement temporaire.

Le fait observé

Depuis des décennies, l'Antarctique perd de la masse, essentiellement du côté ouest, et contribue à la hausse du niveau marin. Mais entre 2021 et 2023, un fort excédent de neige sur la Terre de la Reine Mary et la Terre de Wilkes, en Antarctique de l'Est, a compensé ces pertes. Le continent a gagné environ 695 gigatonnes, dont 470 gigatonnes pour ce seul secteur.

L'explication qui semblait évidente, et pourquoi elle est fausse

Une explication simple s'offrait : le réchauffement climatique déplace les trajectoires de tempêtes vers le pôle et humidifie l'Antarctique, ce qui y augmente les précipitations. C'est une réponse attendue à long terme. Les auteurs montrent qu'ici, ce n'est pas le mécanisme à l'œuvre.

⚖️ Le gain

Environ 695 gigatonnes entre juillet 2021 et avril 2023.

📍 La zone

470 gigatonnes pour la seule Terre de la Reine Mary et Terre de Wilkes.

🔁 La récurrence

Ce type de réchauffement tropical revient environ une fois par décennie.

Le vrai mécanisme : un signal venu des tropiques

La cause se trouve à des milliers de kilomètres, dans le warm pool tropical, cette zone de l'océan Indo-Pacifique où les eaux de surface sont les plus chaudes du globe. Entre 2021 et 2023, elle a connu un réchauffement exceptionnellement persistant. Cette anomalie a déclenché un train d'ondes de Rossby, des ondulations atmosphériques qui se propagent vers le pôle, et qui ont installé une zone de haute pression au-dessus de l'Antarctique de l'Est. Résultat : davantage de précipitations sur ce secteur, avec une humidité venue principalement de l'océan Indien des latitudes moyennes.

Pourquoi c'est temporaire

Les observations et les simulations historiques montrent qu'un réchauffement pluriannuel de cette ampleur dans le warm pool revient environ une fois par décennie. C'est donc une oscillation naturelle, et non un changement de régime. Son influence sur les précipitations est en outre distincte de l'effet du réchauffement global. Le gain de masse récent ne reflète donc pas une humidification durable de l'Antarctique, et n'annonce pas une inversion de tendance.

⚠️ Le piège de lecture à éviter

Un chiffre isolé, « l'Antarctique gagne de la masse », peut nourrir l'idée que les projections seraient erronées. Le travail montre l'inverse : c'est précisément parce que l'on comprend le mécanisme que l'on sait que ce gain est transitoire. Attribuer une variation à sa cause est plus informatif que la constater, et c'est ce qui permet de distinguer une fluctuation d'une tendance.

Sources vérifiables

Questions fréquentes : gain de masse antarctique et niveau des mers

L'Antarctique gagne-t-il ou perd-il de la glace ?

Sur les dernières décennies, il perd de la masse, principalement du côté ouest, et contribue à la hausse du niveau marin. Entre 2021 et 2023, un excédent de neige en Antarctique de l'Est a temporairement compensé ces pertes, avec un gain d'environ 695 gigatonnes.

Ce gain signifie-t-il que le réchauffement s'inverse ?

Non, et c'est précisément ce que l'étude établit. Le gain est attribué à une téléconnexion atmosphérique déclenchée par un réchauffement du warm pool tropical, phénomène qui revient environ une fois par décennie. Il relève donc de la variabilité naturelle, et non d'un changement de tendance.

Qu'est-ce qu'une onde de Rossby ?

C'est une ondulation de la circulation atmosphérique en altitude, qui peut se propager sur de très grandes distances. Une source de chaleur tropicale, en modifiant la convection, perturbe la circulation, et cette perturbation voyage vers les hautes latitudes, où elle modifie la pression et les précipitations.

Qu'est-ce que le warm pool tropical ?

C'est la zone de l'océan Indo-Pacifique où les eaux de surface sont les plus chaudes du globe. Entre 2021 et 2023, elle a connu un réchauffement exceptionnellement persistant par rapport aux deux décennies précédentes, ce qui a déclenché la chaîne d'événements décrite par l'étude.

D'où venait la neige tombée en Antarctique de l'Est ?

Principalement de l'océan Indien des latitudes moyennes. L'anomalie de haute pression installée sur l'Antarctique de l'Est a favorisé l'advection d'air humide depuis cette région vers la Terre de la Reine Mary et la Terre de Wilkes.

Pourquoi les auteurs concluent-ils que le gain est temporaire ?

Parce qu'un réchauffement pluriannuel comparable du warm pool revient environ une fois par décennie dans les observations et les simulations historiques. Il s'agit donc d'une oscillation naturelle, dont l'influence sur les précipitations est en outre distincte de l'effet du réchauffement global.

Peut-on juger des projections climatiques sur trois ans de données ?

Non, et c'est une leçon méthodologique de cette étude. La variabilité interne pluriannuelle du bilan de masse antarctique est d'une amplitude suffisante pour masquer temporairement la tendance de fond. Évaluer des projections séculaires sur une fenêtre de trois ans n'a pas de sens statistique.